6 questions à… Marilyne Webert, nouvelle présidente de l’AGURAM
Marilyne Webert a été élue nouvelle présidente de l’agence. Elle prend la suite de Pierre Fachot, au terme de son mandat. Enseignante spécialisée dans le handicap moteur de métier, elle a aussi une solide expérience des politiques publiques et de la concertation, puisqu’elle est maire de la commune de Pouilly depuis 2014. Depuis 2018, elle est également vice-présidente de l’Euro-Métropole de Metz, actuellement déléguée à la voirie et aux espaces publics.
Le conseil d’administration, renouvelé à l’occasion de notre assemblée générale constitutive du 30 juin 2026 au Cloître des Récollets à Metz, lui fait toute confiance pour conforter et développer l’appui technique et l’ancrage territorial de l’agence, et faire rayonner ses travaux.
Découvrez sa 1ère interview, qui pose les bases de cette nouvelle présidence.
1. Quelles sont, selon vous, les missions essentielles d’une agence d’urbanisme ?
Pour moi, une agence d’urbanisme a 3 missions primordiales.
La première est d’observer et de comprendre le territoire. Avant de décider, il faut partir du réel : les habitants, les mobilités, le logement, l’environnement, l’économie, les usages, les fragilités et les potentiels. L’agence apporte une connaissance fine, objectivée et partagée.
La deuxième est d’éclairer la décision publique. Elle ne décide pas à la place des élus, mais leur donne les moyens de décider avec lucidité : des données, des analyses, des scénarios, de la prospective. Elle aide les collectivités à anticiper plutôt qu’à subir.
La troisième est de faire dialoguer les territoires. Les enjeux dépassent les limites administratives. L’agence crée du lien entre les échelles, les élus, les techniciens, les partenaires et les experts.
Elle doit aussi aider les collectivités à intégrer les nouveaux enjeux climatiques et sanitaires : préserver un environnement propice à la santé, lutter contre les îlots de chaleur, penser la nature en ville, les mobilités, l’eau, les sols, les espaces publics et le mieux vivre. Enfin, elle permet de se nourrir des expériences et des projets des autres pour transformer les initiatives locales en richesse collective.
2. Qu’est-ce qui fait la force et la singularité de l’AGURAM, et qu’est-ce qui vous a motivée à en prendre la présidence ?
La force de l’AGURAM, c’est d’abord son équipe : des professionnels engagés, compétents, passionnés par les territoires et profondément attachés au service public local. Derrière les études, les cartes, les données et les diagnostics, il y a des femmes et des hommes qui savent écouter, analyser, expliquer et accompagner.
Sa singularité, c’est aussi sa connaissance très fine du territoire. L’AGURAM ne travaille pas sur le territoire de manière abstraite : elle le connaît, elle l’observe, elle en comprend les équilibres, les fragilités et les potentiels. Surtout, elle agit pour lui, au service des collectivités, des élus et des habitants.
Ce qui m’a motivée à en prendre la présidence, c’est la conviction que l’AGURAM est un outil indispensable. Il faut poser la question simplement : que ferions-nous si elle n’existait pas, ou si elle n’existait plus ? Beaucoup de collectivités, notamment les plus petites, seraient bien plus démunies face à des enjeux toujours plus complexes.
Je souhaite défendre cet outil, mais aussi interroger collectivement son modèle actuel pour le faire évoluer. Les besoins changent, les moyens publics sont contraints, les attentes augmentent. Défendre l’agence, ce n’est pas figer son modèle, c’est le renforcer pour qu’elle reste utile, lisible et indispensable, y compris au-delà des frontières métropolitaines.
3. Comment voyez-vous votre rôle de présidente dans cette articulation hyperpartenariale et multi-échelle ?
Je vois mon rôle de présidente comme celui d’une facilitatrice. Dans une agence aussi partenariale, il faut créer du lien, faire circuler la parole, respecter les équilibres et permettre à chacun de trouver sa place dans une réflexion collective.
L’AGURAM rassemble des partenaires très différents : État, Région, Département, Schémas de cohérence territoriale, Métropole, intercommunalités, communes, acteurs techniques, universitaires, sanitaires ou environnementaux.
L’Euro-Métropole de Metz, membre fondateur de l’agence, occupe naturellement une place particulière. À travers cette présidence, j’ai une responsabilité claire : soutenir un outil né d’une ambition territoriale forte, tout en veillant à ce qu’il demeure pleinement ouvert, utile et lisible pour l’ensemble de ses partenaires.
Mon rôle sera de veiller à ce que l’agence reste à la fois proche du terrain et ouverte aux grands enjeux. Il ne faut pas opposer la petite commune au grand territoire, l’élu de proximité au partenaire institutionnel, le quotidien des habitants aux stratégies de long terme. Tout cela doit se parler.
Je souhaite aussi que l’AGURAM demeure un lieu où l’on se nourrit des expériences et des projets des autres. Le réseau des 51 agences d’urbanisme françaises est, lui aussi, une ressource précieuse : il permet de partager des méthodes, des réussites, mais aussi des questionnements communs.
4. Une agence d’urbanisme est un outil d’aide à la décision, mais ce sont les élus qui tranchent. Comment l’agence peut-elle être force de proposition politique et pousser les élus à sortir de leur zone de confort ?
Une agence d’urbanisme ne fait pas de politique partisane. En revanche, elle doit assumer un rôle politique au sens noble du terme : servir l’intérêt général, anticiper les mutations et aider les élus à prendre des décisions responsables.
Être force de proposition, ce n’est pas imposer une orientation aux élus. C’est leur ouvrir des perspectives, leur apporter des éléments solides, leur montrer les conséquences d’un choix, mais aussi les risques de l’inaction. Les élus tranchent, car ils portent la légitimité démocratique. Mais plus la décision est éclairée, plus elle est robuste.
L’agence doit aussi savoir questionner. Sortir de sa zone de confort, c’est dépasser les habitudes, les périmètres trop étroits, les raisonnements de court terme. C’est accepter que certains sujets ne puissent plus être traités comme avant : climat, santé environnementale, vieillissement, mobilités, sobriété foncière, qualité du cadre de vie.
Parce qu’elle connaît parfaitement le territoire, l’AGURAM peut relier ces enjeux aux réalités locales. Elle peut aussi s’appuyer sur les expériences d’autres territoires et de ses réseaux pour provoquer des déclics, éviter des erreurs et ouvrir des pistes nouvelles. Sa valeur ajoutée est là : transformer des constats en orientations, des expériences en enseignements, des intuitions en stratégies.
5. Comment comptez-vous stimuler la créativité de l’équipe tout en veillant à ce que les travaux soient connectés aux besoins des élus ?
La créativité est dans l’ADN de l’agence. Elle tient à la richesse de l’équipe, à la diversité des métiers et des sensibilités : urbanistes, architectes, ingénieurs, paysagistes, économistes, sociologues, écologues, géographes, cartographes, data analysts, infographistes. C’est une vraie force.
Mon rôle sera de créer les conditions pour que cette créativité s’exprime pleinement, sans jamais perdre le lien avec le terrain. Il faut encourager les idées nouvelles, les approches transversales, les regards prospectifs, mais toujours avec une question simple : en quoi cela aide-t-il concrètement les collectivités à agir ?
Je crois beaucoup aux allers-retours entre expertise et terrain. Les élus ont besoin de l’agence pour objectiver, comparer, anticiper. L’agence a aussi besoin des élus pour rester connectée aux usages, aux contraintes budgétaires, aux attentes des habitants et aux réalités humaines de chaque territoire.
La créativité ne s’oppose pas au professionnalisme : une équipe reconnue, écoutée et respectée ose davantage. Mon souhait est de faire confiance à l’équipe, de valoriser son expertise et de rendre ses travaux toujours plus utiles et appropriables.
6. Quelle touche personnelle souhaitez-vous insuffler à cette nouvelle présidence, quelle sera votre boussole personnelle ?
Ma touche personnelle sera d’abord humaine. Je crois à la force des équipes, à la confiance, à la reconnaissance du travail bien fait et à la qualité du dialogue. Une agence comme l’AGURAM ne repose pas seulement sur des compétences techniques : elle repose aussi sur une culture commune, un engagement et une passion du territoire.
Ma boussole sera de porter une présidence attentive au mieux vivre. Avec le concours de l’AGURAM comme tiers de confiance, les territoires doivent s’adapter au climat qui change, préserver un environnement favorable à la santé et faire circuler les idées et les expériences : voilà une responsabilité collective majeure.
Mots clés : Marilyne Webert, Nouvelle présidence AGURAM